Malin Norberg

2026
Éditeur : Est-Nord-Est, résidence d'artistes
Lieu : Saint-Jean-Port-Joli
Année : 2026
Langue : Français / Anglais
Coordinateur : Est-Nord-Est
Auteur·e : Céline Huyghebaert

Artiste et auteur·e

Malin Norberg

« Comment utilise-t-on tel objet ? Quelle est sa fonction ? Que se produit-il si on l’empêche ? » Ces questions reviennent souvent lorsque Malin Norberg me montre son travail. L’artiste, basée à Stockholm, développe une œuvre sculpturale nourrie par les dessins animés et le folklore. Pendant sa résidence à Est-Nord-Est, elle poursuit cette exploration à travers une série de sculptures ludiques en bois inspirées de formes rencontrées dans la vie quotidienne.

Malin parle d’« objets fonctionnels non fonctionnels » : des sculptures qui ressemblent à des objets domestiques, mais qui ne pourraient pas en remplir les fonctions. Une fourchette devient difficile à tenir parce qu’elle se retrouve affublée d’un gros manche en forme d’escargot. Un couteau à beurre se contorsionne sur lui-même. Les objets sont familiers, mais de légers déplacements les font basculer du côté du jeu et de la fiction. Sur le mur, une petite étagère accueille un trognon de pomme soigneusement sculpté. Plus loin, des cuillères et des pièces allongées en bois deviennent les doigts d’une grande paume ouverte. On dirait la main d’un personnage de dessin animé qui nous salue.

Peu avant son départ pour Est-Nord-Est, Malin a perdu le studio qu’elle occupait en Suède. Elle sort aussi de deux années consacrées à un important projet d’art public qui l’ont laissée épuisée. Nous parlons de la difficulté de trouver une manière viable d’être artiste et de le rester. De la fatigue physique et mentale, mais aussi de la curiosité qui s’émousse parfois sous la pression constante de produire. Elle renoue à Est-Nord-Est avec la joie. Elle sculpte, mais aussi dessine, coud, peint, chante, fait de la musique.

Dans son atelier, ordinateur, carnets, gabarits, outils, échantillons de bois, tubes de peinture, pastels, bobines de fil et sculptures en cours de fabrication cohabitent sur des tables. Les choses naissent souvent de rencontres imprévues à l’intérieur de ce chaos. Le fait de vivre dans son lieu de travail nourrit ce processus. Son cerveau fonctionne comme ses mains : il a besoin d’être toujours occupé à faire des liens.

En regardant les œuvres terminées, on oublie totalement le travail physique qu’elles exigent. Les surfaces sont lisses. Les formes semblent souples et légères. Malin s’est blessée à force de les poncer. Elle réfléchit à des manières de mieux prendre soin des limites de son corps. Apprendre à s’arrêter est difficile. Mais en diversifiant les médiums, elle peut diversifier les gestes et limiter ainsi les blessures. Pendant la résidence, les formes qu’elle développe débordent du bois et réapparaissent dans des dessins et des peintures. On y retrouve des silhouettes qui évoquent les phylactères des bandes dessinées qu’elle a sculptées en plusieurs dimensions – tantôt arrondies, tantôt hérissées de pointes, comme chargées d’émotions. Une manière de prolonger, avec d’autres supports, cet univers où les objets détournés de leur fonction deviennent les personnages de petites fictions.