Janna Nicholas

2025
Éditeur : Est-Nord-Est, résidence d'artistes
Lieu : Saint-Jean-Port-Joli
Année : 2025
Langue : Français / Anglais
Auteur·e : Julia Caron Guillemette

Artiste et auteur·e

Janna Nicholas

Alors que le vivant changeait ses couleurs pour ensuite être enseveli de neige, l’espace d’Est-Nord-Est s’est transformé en un lieu de rencontres et d’échanges pour la Nation Wolastoqey et pour des proches d’autres nations autochtones et de la Confédération Wabanaki. Commissariée par Ivanie Aubin-Malo, cette résidence a réuni Catherine Desjardins et Janna Nicholas auxquelles se sont joints momentanément Martin Savoie, Kateri Nisnipawset Aubin Dubois, Léa Garneau, Terry David Young, Ariane Desjardins, Mélanie Brière, Marie-Eve Chabot Lortie, Marcus Merasty, Natasha Kanapé Fontaine, Angela Beek et Samaqani Cocahq. Si la création et les techniques traditionnelles ont certes marqué cette résidence, mon passage m’a démontré que ce sont les relations qui en ont été le cœur.

Lors de nos discussions, j’ai constaté la grande humilité et la générosité de Janna. Aînée des trois artistes présentes à long terme, elle-même considérait Est-Nord-Est comme « un lieu de leçons », indiquant que « nous sommes tous.tes ici pour apprendre les un.e.s des autres ». Pour elle, « en tant qu’humains, nous avons une responsabilité sacrée envers tout le vivant, de prendre soin de ce qui vit parmi nous. » J’ai d’ailleurs remarqué dans son travail une vaste présence du vivant, tant dans les matériaux que dans les sujets choisis. Fortement ancrée dans la spiritualité, sa pratique s’exprime ainsi dans une multitude de gestes, qu’il s’agisse à Est-Nord-Est de cuisiner des repas pour les artistes présent.e.s ou d’apprendre à d’autres comment faire une bonne bannique, et, chez elle, de donner à ses quatre enfants, d’assister à des cérémonies ou de créer des œuvres exprimant ses croyances ancestrales. Elle s’intéresse particulièrement aux formes portant de fortes symboliques pour sa nation et d’autres nations autochtones de l’Île de la Grande-Tortue. Par exemple, référant au fait que nous habitons sur le dos de la tortue, ainsi qu’à l’importance particulière de cet être pour elle, elle a privilégié la forme de sa carapace pour la création de son smudge bowl.

Janna est aussi une conteuse. La narrativité transparaît dans ses œuvres. Travaillant à partir de l’écorce de bouleau, elle a notamment réalisé des dessins de grands hérons bleus – particulièrement importants dans sa communauté – et de femmes étoiles, racontant visuellement des histoires centrales à sa culture. C’est ainsi qu’elle m’a parlé des récits d’origine de sa communauté, m’apprenant que les autochtones viennent des étoiles, plus précisément des pléiades. C’est ce qu’elle a traduit dans une broderie faite de piquants de porc-épic représentant un pétroglyphe d’une étoile à huit branches, image à la portée symbolique particulièrement forte. L’artiste traduit ainsi, tant en gestes qu’en œuvres, sa propre vision des histoires et des savoirs spirituels de sa nation.