Le film s’articule autour de séquences tournées lors de présentations de l’infrastructure projetée, conçue par le Corps d’ingénieur·es de l’Armée américaine, à l’occasion d’assemblées publiques de différentes instances gouvernementales sollicitées pour en appuyer et en financer la réalisation. Certains plans témoignent aussi d’une cérémonie chamanique autochtone appelant à la protection du territoire touché, de discussions de citoyen·nes volontaires intéressé·es par le projet, ainsi que de représentations d’experts, de groupes écologistes ou communautaires qui en questionnent la nécessité. Des prestations théâtrales mettant en scène des bureaucrates et des figures fantastiques rappelant des gobelins rythment aussi le récit filmique et lui confèrent une portée dramatique en contraste avec son aspect documentaire.
Cette fantasmagorie théâtrale donne à l’œuvre toute sa signification et renverse la perspective sur les événements portés à notre attention. Devant les arguments avancés de part et d’autre, Fred Schmidt-Arenales attire en fait notre attention sur le climat de tension psychologique qui règne dans le débat public et le peu de place qu’y occupent les citoyen·nes concerné·es et vulnérables. Difficile alors de dire à quelles créatures malfaisantes la figure des gobelins qu’il fait intervenir renvoie parmi l’ensemble des protagonistes. Au-delà de la description des faits et des arguments pour et contre le projet, l’œuvre témoigne d’un mode de fonctionnement du capitalisme actuel, créant un climat de confusion émotive autour d’investissements publics importants, mettant souvent en sourdine la recherche du bien commun, au bénéfice d’acteurs économiques privilégiés. En cela, la situation décrite par Fred Schmidt-Arenales ressemble à celles qui ont émergé autour du déploiement de la filière batterie au Québec, ou en réaction au constat de contamination engendrée par la Fonderie Horne.
[1] C’est un bon projet et il devrait être construit (Traduction libre)
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