Claude Millette. Faire plier la matière, monographie éditée et rédigée par Pascale Beaudet
Pascale Beaudet, Présentation de Claude Millette. Faire plier la matière, 2021. Crédit photo: ENE / Jean-Sébastien Veilleux photographe.

Pascale Beaudet

Auteur·e / Automne 2021

Texte-témoin

Détentrice d’un doctorat en histoire de l’art (Université Rennes 2) et forte d’expériences professionnelles comme chercheuse, auteure et commissaire, Pascale Beaudet a consacré sa résidence à Est-Nord-Est à la poursuite de ses lectures et de son écriture sur l’art textile. Selon elle, les pratiques associées à cet art qui relève tantôt de l’artisanat, tantôt des arts visuels, sont paradigmatiques des limites disciplinaires de l’art découlant des hiérarchies constituées au fil des siècles entre les catégories du masculin et du féminin, et entre le statut professionnel et celui d’amateur.

Ce travail de réflexion au long cours a débuté par un intérêt pour les œuvres de céramique, de Laurent Craste notamment, ou de verre signées Michèle Lapointe ou Montserrat Duran Muntadas. À Saint-Jean-Port-Joli, Beaudet s’est concentrée sur l’usage du textile par Sandra Sawatzky (broderie), Nathalie Levasseur (fibre brute), Mylène Boisvert (filage de papier de lin) et Julie Bénédicte-Lambert (tissage). Selon elle, l’intérêt pour le fait-main n’a jamais réellement quitté les artistes. Symptomatique de l’essence de l’humain qui veut toujours être dans la fabrication, le geste n’a pourtant pas fait l’unanimité dans l’histoire de l’art. Beaudet cherche à valoriser un retour à la production manuelle par l’étude d’œuvres textiles, en passant par la critique féministe de la discipline (Griselda Pollock) ainsi que par les études du craft (Glenn Adamson) et du subversive stitch (Rozsika Parker). Éprouvant de fortes affinités avec l’approche psychanalytique selon laquelle l’art (mais aussi l’analyse de l’art) répond à la psyché humaine, elle cherche à remettre au centre du dialogue la manière dont certains mécanismes d’inclusion et d’exclusion ont su justifier avec le temps une dévaluation des femmes artistes, voire une domination des femmes en général dans la société ou dans la définition du statut d’artiste. Plus encore, le carrefour où se rencontrent les arts et les métiers d’art serait le lieu par excellence où se jouent des luttes idéologiques sur ce qui distingue l’artiste de l’artisan, distinction qui n’est pas sans lien avec la « déqualification » ayant accompagné l’automatisation de l’industrie.

Pascale Beaudet a aussi profité de sa présence dans la région pour mener des visites d’atelier avec les artistes Chantale Bouchard, Bernard Hamel et Christian Michaud.

Biographie

Docteure en histoire de l’art de l’Université de Rennes 2 (France), Pascale Beaudet est commissaire indépendante et auteure, spécialiste de l’art public. Elle s’intéresse aussi aux pratiques croisant l’art contemporain et les métiers d’art. Elle compte à son actif plus de trente expositions individuelles et collectives, dont le symposium de sculptures extérieures de la Fondation Derouin (Val-David), la Biennale internationale du lin de Portneuf (Deschambault, Québec) et Art souterrain (Montréal). En tant qu’auteure, elle a rédigé au-delà de 150 textes de catalogues et articles sur l’art moderne et contemporain, notamment sur Lisette Lemieux et Gilbert Poissant.