Alors que le vivant changeait ses couleurs pour ensuite être enseveli de neige, l’espace d’Est-Nord-Est s’est transformé en un lieu de rencontres et d’échanges pour la Nation Wolastoqey et pour des proches d’autres nations autochtones et de la Confédération Wabanaki. Commissariée par Ivanie Aubin-Malo, cette résidence a réuni Catherine Desjardins et Janna Nicholas auxquelles se sont joints momentanément Martin Savoie, Kateri Nisnipawset Aubin Dubois, Léa Garneau, Terry David Young, Ariane Desjardins, Mélanie Brière, Marie-Eve Chabot Lortie, Marcus Merasty, Natasha Kanapé Fontaine, Angela Beek et Samaqani Cocahq. Si la création et les techniques traditionnelles ont certes marqué cette résidence, mon passage m’a démontré que ce sont les relations qui en ont été le cœur.
Lors de nos discussions, j’ai constaté la grande humilité et la générosité de Janna. Aînée des trois artistes présentes à long terme, elle-même considérait Est-Nord-Est comme « un lieu de leçons », indiquant que « nous sommes tous.tes ici pour apprendre les un.e.s des autres ». Pour elle, « en tant qu’humains, nous avons une responsabilité sacrée envers tout le vivant, de prendre soin de ce qui vit parmi nous. » J’ai d’ailleurs remarqué dans son travail une vaste présence du vivant, tant dans les matériaux que dans les sujets choisis. Fortement ancrée dans la spiritualité, sa pratique s’exprime ainsi dans une multitude de gestes, qu’il s’agisse à Est-Nord-Est de cuisiner des repas pour les artistes présent.e.s ou d’apprendre à d’autres comment faire une bonne bannique, et, chez elle, de donner à ses quatre enfants, d’assister à des cérémonies ou de créer des œuvres exprimant ses croyances ancestrales. Elle s’intéresse particulièrement aux formes portant de fortes symboliques pour sa nation et d’autres nations autochtones de l’Île de la Grande-Tortue. Par exemple, référant au fait que nous habitons sur le dos de la tortue, ainsi qu’à l’importance particulière de cet être pour elle, elle a privilégié la forme de sa carapace pour la création de son smudge bowl.
Janna est aussi une conteuse. La narrativité transparaît dans ses œuvres. Travaillant à partir de l’écorce de bouleau, elle a notamment réalisé des dessins de grands hérons bleus – particulièrement importants dans sa communauté – et de femmes étoiles, racontant visuellement des histoires centrales à sa culture. C’est ainsi qu’elle m’a parlé des récits d’origine de sa communauté, m’apprenant que les autochtones viennent des étoiles, plus précisément des pléiades. C’est ce qu’elle a traduit dans une broderie faite de piquants de porc-épic représentant un pétroglyphe d’une étoile à huit branches, image à la portée symbolique particulièrement forte. L’artiste traduit ainsi, tant en gestes qu’en œuvres, sa propre vision des histoires et des savoirs spirituels de sa nation.
Janna Nicholas (Eagle Woman) est membre de la première nation Wolastoqey de Negutkuk. L’artiste travaille avec l’écorce de bouleau pour créer des fleurs, des vases, des bijoux, des paniers et des images illustrant des motifs traditionnels qui racontent l’histoire de croyances ancestrales. Les formes sont gravées et parfois peintes sur l’écorce. Eagle Woman a passé plus de 35 ans à suivre la Red Road et elle a aidé les ainé·e·s sur les territoires ojibwés, micmacs et wolastoqeys. Sa compréhension des méthodes traditionnelles et le temps qu’elle a passé en nature lui permettent de trouver l’inspiration pour créer des œuvres qui reflètent sa conception spirituelle du monde. Elle travaille aussi en tant que conseillère culturelle pour la Commission des libérations conditionnelles du Canada en offrant un soutien spirituel aux personnes détenues qui se présentent aux audiences et un accompagnement culturel au comité. Elle ouvre et clôt les séances avec une prière et une cérémonie. Elle détient également un baccalauréat en biologie. Elle est la mère de quatre enfants maintenant adultes.
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