Alors que le vivant changeait ses couleurs pour ensuite être enseveli de neige, l’espace d’Est-Nord-Est s’est transformé en un lieu de rencontres et d’échanges pour la Nation Wolastoqey et pour des proches d’autres nations autochtones et de la Confédération Wabanaki. Commissariée par Ivanie Aubin-Malo, cette résidence a réuni Catherine Desjardins et Janna Nicholas auxquelles se sont joints momentanément Martin Savoie, Kateri Nisnipawset Aubin Dubois, Léa Garneau, Terry David Young, Ariane Desjardins, Mélanie Brière, Marie-Eve Chabot Lortie, Marcus Merasty, Natasha Kanapé Fontaine, Angela Beek et Samaqani Cocahq. Si la création et les techniques traditionnelles ont certes marqué cette résidence, mon passage m’a démontré que ce sont les relations qui en ont été le cœur.
Lors de ma rencontre avec Catherine – ou Kahtolin –, j’ai été marquée par son lien au territoire. Ayant l’habitude de passer plusieurs heures en extérieur, en forêt, elle me parlait de la texture de la neige, de la beauté de l’hiver qui en était alors à ses débuts. D’autres fois, elle me racontait ses observations des oies des neiges, du fleuve et des plantes à son arrivée à Saint-Jean-Port-Joli. M’expliquant que son processus créatif n’est jamais solitaire, elle témoignait d’une manière de s’inscrire dans le cercle du vivant et non en son centre. Notamment, grâce à son apprentissage du travail des piquants de porc-épic lors de son séjour, elle a réalisé une œuvre sur écorce de bouleau où l’on peut voir les montagnes, le fleuve, les oies à travers son regard. Pour elle, la création d’une telle pièce s’inscrit dans un processus de réciprocité, dans lequel elle développe une relation avec ses matériaux vivants. Il en allait de même avec le smudge bowl créé à la suite des enseignements de la céramiste Marie-Ève Soulard. Une série d’œuvres qu’elle a réalisées en écoutant et en imaginant avec la matière : l’argile du fleuve, la graisse d’orignal, et les coquillages de la rive.
Un aspect essentiel au travail de l’artiste se situe dans la langue Wolastoqey. Dévouée à son apprentissage, son partage et son enseignement, Catherine a laissé partout dans les lieux des mots écrits sur des bouts de papier, près de l’objet qu’ils définissent. Une manière d’apprendre ou de se rappeler. Dans la même veine, elle a continué, lors de la résidence, les illustrations d’un livre pour enfants et s’est lancée dans la création d’un jeu de scrabble Wolastoqey en bois. Ces deux projets rappellent le caractère fondamental du jeu et du ludique. Encore une fois, son travail se fait dans un esprit de communauté, de partage. Lors de nos discussions, elle tenait d’ailleurs à nommer les personnes qui lui ont enseigné, c’est-à-dire Toni Brooks et Joleen Paul, ainsi que Roseanne Tremblay Clark, Henrietta Black, Ron Tremblay, Allan Tremblay, en plus de toutes les personnes de passage à la résidence. En valorisant les contributions de ces personnes, elle témoigne à nouveau d’une réciprocité, centrale à sa démarche.
Catherine est Wolastokewisqehs et Québécoise, membre de la communauté wolastoqeyde Wahsipekuk (Québec). Artiste visuelle émergente, elle explore surtout l’illustration, le perlage ainsi que la broderie. La beauté du territoire, sa relation avec ce dernier ainsi que les cycles de la vie sont des éléments qui inspirent principalement ses œuvres. Catherine est aussi une auteure-compositrice-interprète et nous a d’ailleurs partagé en décembre 2023 son premier microalbum intitulé Kahtolin. Elle nous révèle dans ces compositions sa sensibilité ainsi que ses émotions connectées au changement des saisons. Catherine est aussi une artiste engagée dans la revitalisation de la langue wolastoqey. Afin de continuer son apprentissage, elle réside maintenant dans la région d’Eqpahak (région de Fredericton) où elle obtenu son diplôme du programme intensif de langue wolastoqey, Wetapeksoltiyəkw, de l’Université Saint Thomas en partenariat avec la communauté de Sitansisk (Première nation de Saint Mary’s). À travers la musique et différents médiums, elle ravive ses passions artistiques longtemps mises de côté, tout en reconnectant avec les Wolastoqiyik, skicinuwey et le wolastoqey latuwewakon (langue wolastoqey). De plus, elle espère pouvoir continuer à apprendre la langue et à partager son engouement afin d’inspirer d’autres Wolastoqiyik à créer tout en faisant vivre la langue.
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